GILBERT & GEORGE (exposition)

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« Il est bien que nous soyons présents dans les œuvres pour rappeler au spectateur qu'il ne s'agit pas de simples œuvres d'art aussi ennuyeuses que les autres, d'expériences esthétiques. C'est nous qui nous adressons à eux. » Cette nécessité d'être dans les œuvres – leur manière de faire un art qui parle de la vie et non un art qui parle de l'art –, Gilbert & George l'ont affirmée impérieusement, sur un ton souvent provocateur, dans la plupart de leurs entretiens. Sans nuance, ils attaquent l'art stérile, la trop grande simplicité des œuvres contemporaines, le monde de l'art et l'absurdité du fonctionnement des musées. Ils se réclament, a contrario, d'un art complexe, de « l'ordre du délire absolu, d'une provocation de tous les instants », un art fondé sur la morale qui touche directement chaque individu parce qu'il traite de ses préoccupations profondes. S'adresser ainsi aux gens, c'est aller droit à leurs émotions, « les faire pleurer » en leur montrant des images fortes, surprenantes, déconcertantes. Double présence inséparable, les artistes britanniques Gilbert & George (Gilbert est né en 1943 dans les Dolomites, en Italie ; George, en 1942 dans le Devon) se donnent à voir non comme représentation abstraite mais dans leur réalité pleinement physique, impassibles ou tirant la langue de façon obscène, nus ou habillés en dandy classique, campés frontalement sur des photographies monumentales (dont l'agencement n'est pas sans rappeler de grands vitraux aux couleurs éclatantes) ou, parfois, plus discrètement profilés en arrière-plan. L'importante rétrospective de leurs œuvres, présentée du 4 octobre 1997 au 4 janvier 1998 au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, a confirmé leur importance pour la jeune création britannique.

Au début des années 1970, on a pu voir Gilbert & George sobrement pensifs dans des intérieurs désuets, presque bucoliques dans leurs compositions « florales » ou dans de rares triptyques peints (The Paintings, With Us in the Nature, 1971). Toutefois, en abordant les thèmes de la nature, Gilbert & George ne s'adonnaient pas à la peinture de paysage ; ils se plaçaient directement dans la nature, s'assimilant à leur propre dénomination de « Sculptures vivantes » et nous mettant en garde : « Attention, ne vous laissez pas tromper par toute apparence de simplicité, soyez naïfs mais alertes » (commentaire accompagnant leurs peintures Six Points Toward a Better Understanding). Et déjà les titres déjouaient la vision idyllique du paisible paysage printanier : The General Jungle (1971) ou Cherry Blossom (1974), qui évoque le nom que les Japonais donnaient, durant la Seconde Guerre mondiale, à leurs jeunes soldats kamikazes. Mais ils ne visaient pas à heurter le regard par des images allant au-delà d'une esthétique acceptée : vêtus de tweed, leurs corps posent ou flottent en apesanteur dans des espaces clos (Bloody Life no 3, 1975 ; Bloody Life no 16, 1975 ; Bad Thoughts no 8, 1975 ; Dusty Corners no 21, 1975 ; Dead Boards no 3, 1976). Gilbert & George ne tarderont pas à quitter cet univers allusif aux apparences lisses pour déborder, de plus en plus violemment, cycle par cycle, les limites de ce qui est montrable. C'est en faisant intervenir « la rue », cette réalité du monde extérieur avec ce qu'elle propose de plus désordonné, de plus dur, qu'ils amorcèrent un changement profond dans leur travail : dans la série des Dirty Words de 1977 – Bugger, Queer, Cunt, Wanker, Communism, Are You Angry or Are You Boring –, les deux artistes apparaissent comme des témoins des difficultés que vit l'humanité tragiquement confrontée à la ville, à la foule, à la politique.

Quittant rapidement cette position d'observateur compatissant, trop peu impliqué, Gilbert & George s'affichent dès lors ostensiblement, sans aucune réserve, sans pudeur ni complaisance, d'une manière qui peut paraître sulfureuse ou frayer avec la vulgarité, et ce même au prix de leur propre humiliation. Car, pour traiter de la condition humaine, rien ne doit rester dans l'ombre, pudiquement caché. Leur imagerie, très colorée à partir des années 1980, s'exprime au niveau symbolique, elle est emblématique et ouvertement sexuelle. La nudité, exclusivement masculine – « parce qu'il a toujours été inacceptable de faire figurer des hommes [nus] dans une œuvre » –, le désir sexuel (Lickers, 1982 ; Hunger, 1982) mais aussi la honte (Shame, 1980 ; Naked Eye, 1994) et, avec insistance, la mort et le destin (Doom, 1986 ; A. D., 1987 ; Dead Head, 1989) parlent de [...]

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Françoise NYFFENEGGER-NINGHETTO, « GILBERT & GEORGE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 février 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gilbert-et-george/