HOLBEIN LE JEUNE. LES ANNÉES BÂLOISES (exposition)

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En 2003, le Mauritshuis de La Haye, qui possède trois portraits peints par Hans Holbein le Jeune, présentait une exposition intitulée Hans Holbein, portraitiste de la Renaissance. On pouvait y voir la célèbre Madone de Darmstadt, ou Madone du bourgmestre Jakob Meyer, conservée depuis le xixe siècle au château de Darmstadt et aujourd'hui en dépôt à l'Institut Staedel de Francfort-sur-le-Main, qui lui consacra une exposition en 2004. À l'automne de 2006 eut lieu à la Tate Gallery de Londres une grande exposition d'œuvres de la période anglaise de l'artiste, à laquelle préluda celle du Kunstmuseum de Bâle, qui portait sur les années que le peintre passa dans cette ville. Il était né en 1497 à Augsbourg, qui célébra l'événement par une exposition en 1997.

Le musée de Bâle, qui conserve la plus importante collection de ses œuvres, en montre toujours une grande partie et organise régulièrement des expositions partielles sur tel ou tel aspect de sa production, après celle de grande ampleur qui avait été consacrée en 1960 à toute la famille Holbein à Bâle. Tout aussi vaste, celle qui s'est tenue du 1er avril au 2 juillet 2006 avait pour ambition d'offrir une vue d'ensemble de la production de Hans le Jeune de 1515 à 1532 – peintures, dessins et gravures –, y compris pendant le premier séjour en Angleterre, de 1526 à 1528. La présentation suivait un ordre à la fois chronologique et thématique, assez clair pour rendre la visite aussi facile qu'instructive – bien que les dessins, copies et fragments peints relatifs à ses décorations murales eussent gagné à être réunis plutôt que dispersés par périodes. Il s'agit là en effet d'un aspect majeur de son art, mais que la disparition des décors eux-mêmes permet mal d'apprécier. Aux œuvres conservées à Bâle s'ajoutait un certain nombre de prêts importants tels que la Madone de Soleure, qui a fait l'objet d'une monographie récente, la célèbre Madone de Darmstadt ou la série, moins connue, des dessins des apôtres de Lille. On regrettait par contre l'absence du Portrait d'Érasme du Louvre et du Portrait d'Érasme au pilastre de la Galerie nationale de Londres dans la section consacrée à l'humaniste. Si le premier séjour en Angleterre, de 1526 à 1528, était documenté par quelques tableaux venus de Londres, Dresde ou Saint-Louis (Bâle n'en possède aucun de cette période), là aussi, les œuvres majeures que sont les portraits de William Warham, archevêque de Canterbury et du mathématicien Nikolaus Kratzer, conservés au Louvre, faisaient cruellement défaut. Quelques tableaux et dessins du père de l'artiste, Hans Holbein l'Ancien, de son frère Ambrosius et même de Baldung Grien appartenant au musée de Bâle avaient été intégrés à l'exposition à titre de comparaisons, mais ne se retrouvent pas dans le catalogue (si ce n'est sous la forme d'illustration de certains essais), à l'exception d'un tableau d'Ambrosius, prêté par l'Ermitage, qui fut un temps attribué à son frère Hans le Jeune. Plusieurs œuvres tardives de celui-ci, postérieures à 1532, figuraient également dans l'exposition.

Quel qu'en fût l'intérêt intrinsèque, l'exposition apparaissait comme un prétexte à la publication d'un volumineux catalogue destiné à assurer aux résultats des recherches récentes une plus large diffusion. Sa lecture, cependant, ne bouleverse pas l'image qu'on avait du peintre, si elle apporte sur certains points d'utiles précisions. En ce qui concerne sa vie, c'est surtout le point de vue qui a changé : au nationalisme germanique ou au campanilisme bâlois s'est substituée la notion de stratégie de carrière qui met en valeur, en particulier, les efforts déployés par Holbein pour trouver un emploi à la cour de François Ier. On pensait qu'il avait appris lors de son bref séjour en France, en 1524, la technique des crayons de couleurs ; mais elle était déjà pratiquée en Allemagne bien avant cette date, ce qui rend l'hypothèse inutile. C'est en France, par contre, qu'il se serait familiarisé avec le style d'Andrea Solario, qui aurait exercé sur lui une forte influence, sensible sur la Laïs Corinthiaca du musée de Bâle.

Laïs passait pour avoir un pendant : la Vénus à l'Amour de la même collection. Selon une légende tenace qui remonte à la fin du xvie siècle, mais n'en est pas moins invraisemblable, Holbein aurait pris pour modèle une patricienne de Bâle qui aurait été sa maîtresse. Dans une étude récente dont il reprend l'essentiel dans le catalogue, Jochen Sander a montré que la Vén [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Genève

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Pierre VAISSE, « HOLBEIN LE JEUNE. LES ANNÉES BÂLOISES (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 février 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/holbein-le-jeune-les-annees-baloises/