JOHN SOANE, LE RÊVE DE L'ARCHITECTE (exposition)

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Architecte parmi les plus réputés de son époque en Grande-Bretagne, John Soane (1753-1837) est un des créateurs de formes les plus originaux du néo-classicisme. Ses archives, ses dessins et ses maquettes sont conservés à Londres, par le musée qu'il créa dans sa propre maison (qui abritait également son agence), Lincoln Inn's Field, au sein de la City, et légué par lui à la nation britannique. L'exposition John Soane, le rêve de l'architecte, initialement présentée à la Royal Academy, à Londres, sous le titre plus parlant de John Soane, Architect : Master of Space and Light (11 septembre-3 décembre 1999), puis, à Paris, au centre des Archives nationales, à l'hôtel de Rohan (26 janvier-16 avril 2001), à l'initiative du musée des Monuments français, rendue possible grâce à un prêt exceptionnel consenti par le Sir John Soane's Museum, fut une véritable découverte pour le grand public français.

Le parcours de l'exposition retraçait chronologiquement l'itinéraire de John Soane. Fils d'un fabricant de briques provincial, il est admis à la Royal Academy, en 1771, et se rend ensuite en Italie grâce à une bourse de voyage en 1778-1780. Après un court épisode irlandais, Soane s'installe définitivement à Londres en 1781. Il travaille tout d'abord à la conception ou au réaménagement de diverses country houses, châteaux ou résidences campagnardes. Il obtient parallèlement la charge de plusieurs bâtiments publics : en 1788 la Banque d'Angleterre, qui allait être son chef-d'œuvre (il y travaille pendant près d'un demi-siècle, jusqu'en 1833), en 1807 le Royal Hospital de Chelsea. Il échoue cependant dans ce qui aurait pu être le couronnement de sa carrière : la construction d'un nouveau palais royal, pour lequel Georges IV préféra son grand rival, John Nash, ou celle de nouvelles chambres du Parlement. Il doit se contenter d'y remettre en état divers bâtiments, en 1794, de reconstruire les Law Courts, qui y sont abritées, en 1822-1825, et d'y aménager une entrée de cérémonie en 1823. De tout cela peu subsiste aujourd'hui : le Parlement a brûlé en 1834, les Law Courts ont été démolies en 1883, une partie des constructions de Soane à Chelsea ont été bombardées durant la Seconde Guerre mondiale. La Banque d'Angleterre, surtout, a été impitoyablement détruite entre 1921 et 1945. Les réalisations de Soane encore subsistantes ont de leur côté souvent été profondément remaniées, ainsi la country house qu'il considérait comme la plus achevée, Tyringham House (1792-1800), ou la Dulwich Picture Gallery, dans les environs immédiats de Londres (1811-1813), l'un des premiers musées conçus comme tel, mais en partie reconstruit et modifié après 1945.

Toutefois, une œuvre reste, peut-être la plus importante, le Soane Museum, unique à tout point de vue. Presque toutes les pièces présentées à Paris en provenaient. Elles suffisaient à évoquer tout aussi bien l'atmosphère étrange du lieu (où l'accumulation voulue accompagne des choix d'exposition très clairs), tout en rendant parfaitement intelligibles les réalisations, le style et l'art de l'architecte. John Soane, en effet, ne se contenta pas de conserver précieusement ses esquisses, ses maquettes et ses plans. Dès que son activité fut bien établie, il ne cessa d'exécuter lui-même ou de commander à des spécialistes de topographie des dessins très achevés ou des aquarelles, parfois de véritables tableaux, mettant ses projets en situation, qu'ils aient ou non été réalisés, allant quelquefois jusqu'à les présenter de façon prémonitoire à l'état de ruines. Le plus souvent animés de personnages qui en donnent l'échelle, ces tableaux constituent le témoignage d'une architecture aussi bien imaginée qu'effectivement construite, ainsi que l'illustre, notamment, l'ensemble de monuments qui auraient dû, dans son idée, jalonner la voie triomphale proposée pour le centre de Londres. Curieusement, les images de synthèse de la Banque d'Angleterre présentées en vidéo dans l'exposition, tout utiles qu'elles étaient pour bien comprendre l'édifice, avaient moins de présence que les maquettes ou les dessins correspondants. Car le visiteur entrait, grâce à ces derniers, dans la sensibilité même de Soane pour qui un bâtiment est certes une forme pure, mais également un espace vécu où priment les sensations procurées par [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Barthélémy JOBERT, « JOHN SOANE, LE RÊVE DE L'ARCHITECTE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mars 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-soane-le-reve-de-l-architecte/