TUTTO FELLINI (expositions)

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À partir de l'automne de 2009, un grand nombre de manifestations et de publications rassemblées sous le titre Tutto Fellini ! ont permis de porter un regard renouvelé sur l'œuvre du cinéaste italien. Ainsi, l'exposition présentée au Jeu de Paume, Fellini, la Grande Parade (20 octobre - 17 janvier 2010) est une bonne occasion de faire le point sur l'univers du cinéaste. Elle donne à voir, à travers des photographies, des dessins, des affiches, des extraits de film, la singulière invention formelle qui caractérise l'œuvre de l'auteur du Satyricon et de Roma ; elle approfondit les sources d'inspiration, en particulier à propos de la genèse de La dolce vita dont sont présentées les références visuelles (couvertures de magazines, faits divers inattendus, images de stars de passage à Rome) et magnifiées les séquences devenues mythiques, comme la baignade d'Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans la Fontaine de Trevi.

Anita Ekberg et Marcello Mastroianni 

Photographie : Anita Ekberg et Marcello Mastroianni 

Anita Ekberg est de ces actrices dont le souvenir, élevé à la hauteur du mythe, se concentre dans un seul film (La Dolce Vita, Federico Fellini, 1960), et presque dans une seule scène : on la voit ici parmi les rochers baroques de la fontaine de Trevi, avec Marcello Mastroianni. La beauté... 

Crédits : Riama Film and Pathé Consortium Cinéma; photograph from a private collection

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L'exposition est accompagnée d'une multitude d'événements annexes : rétrospective à la Cinémathèque française – qui aide notamment à mieux cerner la formation de Fellini comme scénariste –, cycle de conférences, édition de livres et de DVD, une somme d'éléments qui permet de mettre en perspective une personnalité hors du commun. Fellini, d'une certaine manière, n'est pas seulement cinéaste, il s'exprime aussi par le dessin et la parole. Et il n'attribue pas à tous ses dessins le même statut. Il y a ceux du Livre des rêves – dont on peut voir les deux volumes originaux au Jeu de Paume – et les autres. Certains sont des griffonnages réalisés à la hâte, presque par automatisme, et destinés à la corbeille. D'autres préparent la réflexion sur un personnage, une situation, un décor, alors même que le film est encore en gestation. Par la suite, ils peuvent se transformer en feuille de route pour le décorateur, le costumier, le maquilleur. À partir du début des années 1960, suivant les consignes du psychanalyste Ernst Bernhard, Fellini va donner à ses dessins une fonction nouvelle en essayant de transcrire sur le papier – d'abord distraitement puis avec de plus en plus d'application – les traces laissés par les rêves nocturnes, même s'il est conscient, comme il l'a déclaré lui-même, que les rêves sont « impossible à matérialiser » tant ils font appel à d'autres codes expressifs.

Des Feux du music-hall à La Voix de la lune, la carrière de Fellini s'étale sur quarante ans. Durant ces décennies, il va tourner une vingtaine de longs-métrages. Soit un film tous les deux ans avec parfois des périodes d'inactivité relativement longues. C'est dans cet intervalle que se placent les autres formes d'expression : le dessin, mais aussi la parole. Fellini a donné des centaines d'entretiens et on ne compte plus les livres et les revues qui ont reproduit des propos généreusement accordés. Il existe aussi les entretiens filmés. À l'évidence, le cinéaste y prend plaisir, déployant une forme d'histrionisme dont il se disait déjà pourvu dans l'enfance. Ainsi dans le DVD édité par Carlotta, Fellini au travail, on trouve les propos tenus en 1960-1962 à Dominique Delouche, dans un « climat de confession absurde », pour le film d'André Delvaux, Fellini ; il y aussi les entretiens avec Gideon Bachmann, Ciao, Federico !, sur le plateau du Satyricon, ou avec Ferruccio Castronuovo pour Appunti su La città delle donne, ou ceux accordés à Damian Pettigrew pour Je suis un grand menteur, d'autres encore que l'on trouve sur le DVD édité par Gaumont et consacré à 8 1/2... Ainsi, Fellini, qui s'exprimait avec une aisance confondante – la transcription des entretiens ne comporte pratiquement aucune scorie –, a accompagné ses films de commentaires multiples qui éclairent et en même temps brouillent les pistes tant le cinéaste est passé maître dans un maniement de la parole, y compris en anglais, qui laisse l'interlocuteur sans autre recours que celui d'écouter dans un état de fascination proche de l'hypnose. Fellini c'est Schéhérazade qui raconte sa vie, ses films, ceux qu'il a tournés et ceux qu'il a seulement imaginés, ses visions, ses rêves... Et puis, dans cette complaisance d'exhibitionniste face à des voyeurs, il y aussi sa disponibilité à l'égard des photographes, sa fausse pudeur à livrer son image. Là encore, la sédimentation visuelle est immense : un seul exemple, le livre édité par Xavier Barral pour le compte de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean A. GILI, « TUTTO FELLINI (expositions) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 mars 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tutto-fellini/