CIVEYRAC JEAN-PAUL (1964- )

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Né le 24 décembre 1964 à Firminy (Loire), Jean-Paul Civeyrac va au cinéma dès son enfance. Il lit également des bandes dessinées et des romans d’aventures comme Bob Morane. Ses premiers chocs cinématographiques seront les deux palmes d’or du festival de Cannes 1979, Le Tambour (V. Schlöndorff) et Apocalypse Now (F. F. Coppola). Pendant ses études de philosophie à Lyon (1982-1986), il fréquente les salles des cinémas d’art et d’essai et consacre son mémoire de maîtrise au film d’opéra. Étudiant à la Femis, il réalise en 1991 La Vie selon Luc, court-métrage de fin d’études. Après quelques travaux pour la télévision et une mise en scène au théâtre (Les Somnambules, de P. E. Guillaume), il fait la rencontre de Philippe Martin qui produira ses films.

Parallèlement à l’écriture et la mise en scène de ses films, Jean-Paul Civeyrac dirige de 2000 à 2010 le département Réalisation de la Femis et enseigne par la suite à l’université Paris VIII. Fin musicologue (Mendelssohn, Gluck ou Mahler tiennent une place importante dans ses films), il publie des nouvelles et des essais sur la peinture (Écrit entre les jours, 2014). Rose pourquoi (2017), son second ouvrage, analyse ses émotions à la vue d’une scène du film Liliom (Frank Borzage, 1930) avec Rose Hobart. Civeyrac pratique ainsi à la fois création, critique et pédagogie du cinéma.

Ni dÈve ni dAdam (1996) décrit le cheminement vers la conscience et par la grâce de l’amour de deux adolescents. Gilles n’est que haine, Gabrielle tendresse. Leur fuite dans la faim et le froid les conduit à commettre un crime gratuit, mais le spectacle de la nature leur ouvrira ensuite les chemins de la spiritualité. Dans Les Solitaires (1999), un homme vit dans le souvenir de sa femme morte, jusqu’à ce que son frère vienne troubler cette intimité post mortem. Ce film chuchoté, rentré, décrit un quotidien de plain-pied avec les songes et l’au-delà. Entre passion romantique chorégraphiée et rite vampirique, Fantômes (2001) revient sur ce qui constitue la nature profonde d’un couple. Semi-improvisé (tourné en quatre périodes d’une semaine de tournage, chacune étant suivie d’une dizaine de jours pendant lesquels s’écrit la suite du film), le film prend pour décor un Paris d’aujourd’hui où des gens disparaissent et réapparaissent de façon mystérieuse.

Après ces œuvres de tonalité fantastique nimbées de douceur et de poésie suivent deux adaptations littéraires. Le Doux Amour des hommes (2001) est inspiré de Penses-tu réussir !, un roman de Jean de Tinan, écrivain du xixe siècle mort à vingt-quatre ans. La brève liaison entre un dandy et une junkie est ici prise dans une spirale de ruptures et de mises en abyme qui se heurte au tragique de ce personnage conduisant sa vie comme un spectacle face à la liberté d’une femme qui lui échappe. Après le très proustien Toutes ces belles promesses (prix Jean Vigo 2003), adapté d’Hymnes à lamour d’Anne Wiazemsky, À travers la forêt (2005) achève ce cycle esthétisant par un travail sur les lumières, les ombres et le mythe d’Orphée. Se détournant d’Hippolyte, réincarnation bien vivante de Renaud son amant défunt, Armelle choisira plutôt de suivre son fantôme nocturne.

L’environnement humain et social, très prégnant dans Ni dÈve ni dAdam, fait retour avec Des filles en noir (2010) où la colère mortifère et la soif d’absolu poussent deux adolescentes « gothiques », fascinées par Heinrich von Kleist, à coordonner par téléphone leur double suicide. Mais si l’une passera effectivement à l’acte, la seconde y renoncera in extremis, sauvée par sa passion de la musique à laquelle elle consacrera désormais son existence. Avec Mon amie Victoria (2014), Jean-Paul Civeyrac reprend l’argument d’un roman de Doris Lessing pour décrire la très ambivalente sollicitude du couple Staveney qui subjugue et assujettit une jeune Noire rendue bientôt littéralement étrangère à sa propre existence. Elle saura néanmoins tracer son chemin dans le renoncement, traduit par les non-dits et les pistes brisées de son éprouvant récit.

Poursuivant la mise à distance des spectres familiers amorcée dans ses deux précédentes réalisations, Mes Provinciales (2017) est un hymne lyrique à la vie confrontant les romans d’apprentissage d’un groupe d’étudiants en cinéma. Ils vont traverser des épreuves amicales, amoureuses et douloureuses qui détermineront leur présence artistique au monde. Filmés dans un noir et blanc somptu [...]

Mes Provinciales, J. P. Civeyrac

Photographie : Mes Provinciales, J. P. Civeyrac

Dans la tradition du roman de formation, Jean-Paul Civeyrac raconte la « montée » à Paris d'Étienne, un jeune provincial. Pour ceux qu'il rencontre comme pour lui-même, l'art est vital. Mais quelle place accorder au réel ? C'est toute la question du film. Ici, Andranic Manet (Étienne). 

Crédits : Moby Dick Films/ BBQ_DFY/ Aurimages

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  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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MES PROVINCIALES (J.-P. Civeyrac)

  • Écrit par 
  • René PRÉDAL
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Longtemps peintre d’un réalisme intérieur d’une beauté magique, avec ses personnages fébriles, empêchés, solitaires, hésitant entre le noir du deuil et une promesse de lumière, Jean-Paul Civeyrac réalise avec Mes Provinciales (2018), son neuvième long-métrage en vingt ans, la synthèse dou […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « CIVEYRAC JEAN-PAUL (1964- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 mars 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-paul-civeyrac/