COURANT GÉRARD (1951- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Gérard Courant est probablement le représentant le plus radical d'un cinéma conceptuel en France. Une partie importante de sa filmographie se décline en séries qui travaillent sur l'altérité (des gens, des lieux) à travers un système et des options esthétiques identiques d'un sujet à l'autre. Courant est l'un des descendants les plus purs des frères Lumière : dates, endroits et titres des films ou des fragments correspondent toujours rigoureusement à la réalité – celle des personnages (leur fonction), des lieux et des horaires de tournage. Le cinéaste, qui a été aussi journaliste, a constitué un important corpus documentaire sur divers aspects artistiques, culturels et sociaux de notre temps.

Né à Lyon, Gérard Courant n'y demeure que quelques mois avant de s'installer à Valence avec ses parents. Il n'en consacrera pas moins un remarquable long-métrage tardif à cette ville : Inventaire filmé des rues de la Croix-Rousse à Lyon (2002). L'artiste s'établit à Paris en 1975. Là, il participe activement, d'abord comme critique à la revue Cinéma (organe de la F.F.C.C.) et au journal d'avant-garde Cinéma différent puis comme militant et réalisateur, à la vie tumultueuse du cinéma expérimental de l'époque.

Les débuts cinématographiques de Gérard Courant se placent sous le double sceau de Dada et du pop art, et ce dès Marilyn, Guy Lux et les nonnes (1976), sa première réalisation. Avec son premier long-métrage, Urgent, ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante (1977), il se livre à une sorte d'exorcisme, d'intégration et de rejet d'une certaine culture, de divers mythes et d'une méthode de travail propre à l'avant-garde. Collage de chutes, perforation de pellicule, grattage et coloriage d'images, adjonction de textes et de musiques diverses constituent pour l'auteur un hommage plus ou moins direct à Marcel Duchamp et à l'esprit qui l'a animé pendant toute sa vie.

Ce n'est cependant pas par le travail sur le found footage (éléments de récupération) que Courant, à l'instar des lettristes par exemple, trouve sa voie mais dans le cinéma sériel hérité, en partie, d'essais d'Andy Warhol (The 13 Most Beautiful Women, 1964), ainsi que dans son appétence pour la série envisagée comme figure majeure de sa filmographie et de sa philosophie de l'art et de la vie. C'est en février 1978 que débute, d'abord en 16 mm puis rapidement en super-8, la série des Cinématons qui, vingt-sept ans après le premier opus, a généré 2 100 portraits. Initiée avec des proches, des pratiquants ou des défenseurs du cinéma expérimental : Dominique Noguez, Katerina Thomadaki, Joseph Morder, Raphaël Bassan, Stéphane Marti, la série s'étend rapidement au monde du cinéma, des arts et de la société. Ainsi, Jean-Luc Godard, Wim Wenders, Nagisa Oshima ou Sandrine Bonnaire ont leur Cinématon. Dès la première année, Courant en fixe les règles structurelles : une caméra sur pied, fixe, un gros plan de visage muet, pas de changement de mise au point ni de modification de cadrage au cours des 3 minutes 25 secondes que dure le film, le tout en une seule prise durant le tournage, et pas de montage. À l'intérieur de ce cadre, chacun peut gérer son image et l'espace comme il le souhaite.

Ce qui semble être au début une provocation est devenu, plus d'un quart de siècle plus tard, une œuvre incontournable qui a généré une chaîne de dérivés (Couples, Trios, Portraits de groupe, Lire, Mes lieux d'habitation) et qui ausculte à fond la notion de série tant prisée des plasticiens américains des années 1960, en osmose avec le courant de la musique répétitive (Steve Reich, Philip Glass).

Le regard sériel, minimaliste, se double d'un fort potentiel documentaire : on voit comment chacun se conduit face à cette contrainte. Les acteurs professionnels sont moins à l'aise que les autres car ils ont l'habitude d'être dirigés ; les poses, les vêtements, le comportement sociologique et « anthropologique » des personnes changent avec les ans et les décennies. Cinématons dressent un panorama sans équivalent des milieux artistiques de la fin du xxe siècle et des débuts du xxie, en même temps qu'ils forment une œuvre d'une cohérence plastique remarquable.

Grand amateur des films de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  COURANT GÉRARD (1951- )  » est également traité dans :

CINÉMA (Cinémas parallèles) - Le cinéma d'avant-garde

  • Écrit par 
  • Raphaël BASSAN
  •  • 11 535 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le journal filmé »  : […] Un autre grand courant international de cinéma expérimental est le journal filmé. Initié par Oskar Fischinger qui fit, dans München Berlin Wanderung (1927), le compte rendu visuel d’un trajet accompli à pied en filmant la route et les gens image par image. Avec Film Portrait (1970), de Jerome Hill, il devient le manifeste du passage entre l’avant-garde européenne et l’avant-garde américaine. Ma […] Lire la suite

Pour citer l’article

Raphaël BASSAN, « COURANT GÉRARD (1951- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerard-courant/