FRANCE (Arts et culture)Le cinéma

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Un cinéma pluriel

Si ces cinéastes n’ont pas de « pères » (sinon Maurice Pialat), les « grands frères » des années 1990 leur servent d’exemples, les derniers films d’Olivier Assayas (Sils Maria, 2014 ; Personal Shopper, 2016) et d’Arnaud Desplechin (Trois Souvenirs de ma jeunesse, 2015) étant parmi leurs plus accomplis, tandis que Bruno Dumont change radicalement de ton avec sa drolatique mini-série produite par Arte, P’tit Quinquin (2014), puis avec Ma Loute (2016), comédie burlesque virant au gore.

Camille Claudel, B. Dumont

Photographie : Camille Claudel, B. Dumont

Longtemps, Bruno Dumont n'a réalisé ses films qu'avec des acteurs non professionnels. Camille Claudel (2013) représente à ce titre un tournant, puisque le rôle titre est interprété par Juliette Binoche. Sous la direction du metteur en scène, celle-ci jouera à nouveau dans Ma Loute... 

Crédits : 3B Productions/ Arte France Cinema/ C.R.R.A.V. Nord Pas De Calais/ Canal+/ Region Paca/ The Kobal Collection/ Aurimages

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Beaucoup plus nombreux que les fondateurs de la nouvelle vague, ils explorent aussi davantage de genres : le polar (Le Tueur, 2007 ; L’Avocat, 2010 ; La prochaine fois je viserai le cœur, 2014, de Cédric Anger), la comédie légère hollywoodienne (Un baiser s’il vous plaît, d’Emmanuel Mouret, 2007), le film politique (L’Exercice de l’État, de Pierre Schoeller, 2011 ; Le Grand Jeu, de Nicolas Pariser, 2015). La variété est de règle : préciosités linguistiques baroques à résonance spiritualiste d’un Eugène Green (Le Pont des arts, 2004), fictions anthropologiques de Jean-Charles Hue (La BM du Seigneur, 2011 ; Mange tes morts, 2014), films « en chanté » de Christophe Honoré avec le musicien Alex Beaupain (Les Chansons d’amour, 2007 et Les Bien-aimés, 2011), ou encore le néo-classicisme romanesque de Xavier Giannoli (Marguerite, 2015), sans oublier l’évocation par Rachid Djaïdami d’un Paris métissé qui n’est pas celui des cités dans Rengaine (2012).

Si le jeune cinéma couvre logiquement tous les domaines thématiques et esthétiques, de nombreux réalisateurs cultivent personnellement un éclectisme audacieux : Michel Hazanavicius passe du pastiche des séries d’espionnage d’avant James Bond (OSS 117, Le Caire nid d’espions, 2006) à un hommage au mélodrame hollywoodien des années 1920 (et c’est le triomphe aux oscars de The Artist, 2011), puis à l’évocation de la guerre en Tchétchénie (The Search, 2014). Rabah Ameur-Zaïmeche, qui débute par une plongée douloureuse dans une communauté déchirée entre deux mondes, le quartier et le bled (Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ?, 2001 ; Bled Number One, 2006), filme avec panache la légende des Chants de Mandrin (2011) dans la France du xviiie siècle, puis une Histoire de Judas (2015) qui réinvente la relation entre Jésus et Judas pour interroger une « vérité » plus profonde. Lui aussi parti d’une description toute en chaleur et violence de la mixité des jeunes d’un collège de banlieue (L’Esquive, 2005) et, mêlant réalisme et lyrisme, comédie et drame, de la communauté maghrébine de Sète (La Graine et le mulet, 2008), Abdellatif Kechiche triomphe avec l’histoire d’une passion destructrice (La Vie d’Adèle, 2013), révélant chaque fois de superbes actrices : Sara Forestier, Hafsia Herzi, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Quant à Michel Gondry, dans un aller-retour constant entre les États-Unis où il débute (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, 2004) et la France où il séduit avec le fantasque La Science des rêves (2006), il enchaîne une création collective en direct dans un bus de lycéens du Bronx (The We and the I, 2012) avec le fantastique sophistiqué de L’Écume des jours (2013), d’après Boris Vian.

La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche

Photographie : La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche

Après La Faute à Voltaire et L'Esquive, Abdellatif Kechiche montre avec La Graine et le mulet (2007) qu'un nouveau réalisme est possible. Le cinéaste brosse une fresque familiale dans laquelle la parole occupe une place centrale. Sur l'affiche du film, Hafsia Herzi et Habib... 

Crédits : Pathe Renn Productions/ The Kobal Collection/ Aurimages

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Afin de caractériser l’ampleur et la persistance du mouvement, les Cahiers du cinéma ont avancé au printemps 2013 l’appellation de NNV (pour « nouvelle nouvelle vague »). Aux trois premiers longs métrages que sont Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez (un fantastique furieux, abrasif et gothique), La Bataille de Solférino de Justine Triet (comédie de mœurs devant le siège du PS, le 6 mai 2012) et La Fille du 14 juillet d’Antonin Peratjatko (la traversée loufoque d’une France estivale léthargique par quelques jeunes utopiques), la revue ajoute deux seconds films : Grand Central (violents affrontements amoureux et professionnels chez les intérimaires sans passé ni avenir d’une usine nucléaire, dans le midi) après Belle Épine (2010 : une jeune fille qui vient de perdre sa mère retrouve le goût de vivre dans l’atmosphère folle des rodéos de motards) de Rebecca Zlotowski et Tirez la langue, mademoiselle (un insolite duo de médecins) après La Famille Wolberg (2009 : un père et maire odieux mais touchant) d’Axelle Ropert. Aux côtés de ces cinq cinéastes se placent Valérie Donzelli, dont La guerre est déclarée [...]

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L'Inhumaine, de M. L'Herbier, 1924, affiche

L'Inhumaine, de M. L'Herbier, 1924, affiche
Crédits : Collection privée

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Michèle Morgan dans Remorques, de J. Grémillon

Michèle Morgan dans Remorques, de J. Grémillon
Crédits : Emmanuel Lowenthal/M.A.I.C/ BBQ_DFY/ Aurimages

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Entre les murs, Laurent Cantet

Entre les murs, Laurent Cantet
Crédits : Haut De Court/ The Kobal Collection/ Aurimages

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Camille Claudel, B. Dumont

Camille Claudel, B. Dumont
Crédits : 3B Productions/ Arte France Cinema/ C.R.R.A.V. Nord Pas De Calais/ Canal+/ Region Paca/ The Kobal Collection/ Aurimages

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire, historien de cinéma, président de l'Association française de recherche sur l'histoire du cinéma
  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

Jean-Pierre JEANCOLAS, René PRÉDAL, « FRANCE (Arts et culture) - Le cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 février 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-le-cinema/